Rock & Folk n°353

 


Rencontré en Caroline du Nord, Billy Corgan, le leader des Pumpkins, évoque l'année passée: Oasis, le Tibet, Cure et Tupac, laissant deviner que dans son groupe aussi il va y avoir du changement.

Mille neuf cent quatre vingt seize aura été une année chargée pour Billy Corgan, génial navigateur aux commandes des Smashing Pumpkins. Une tourné monstrueuse, des vidéos, un coffret de singles truffé d'inédits, une fille tuée lors d'un concert à Dublin, un clavier victime d'une overdose, un batteur complice, saqué puisque irrémédiablement incurable malgré trois tentives de désintox' ces dernières années. C'est que, pour Billy Corgan, les Smashing Pumpkins passent avant tout. Peu importe que les musiciens ne s'entendent que moyennement, peu importe les départs... Les Pumpkins vont de l'avant. Ce soir, à Colombia, ville universitaire de Caroline du Sud, ils sont, qu'on pardonne le cliché, le meilleur groupe du monde, malgré quelques boursouflures, en dépit de certaines erreurs. Le groupe joue incroyablement, parfaitement bien, avec une énergie inhumaine et une maîtrise comme on en croise une fois toutes les années bissextiles. Avec, en bonus, cette voix somptueuse qui vogue entre la magnificence pure et la colère la plus destructrice. Les plus rock en oublient instantanément les disgressions planantes, les passages à la limite du metal le plus trash. Sur la perle "1979", des danseurs sont piochés dans la foule. Un invité, ami du groupe, sorte d'ange avec des ailes en plumes vertes, fait des bonds qu'on jurerait être au ralenti. Et soudain, tout est comme dans un rêve. Les textes fleurant bon la rime riche, qu'on croirait parfois écrits par un adolescent en 1984 - l'âge qu'avait Corgan - en pleine ascension gothique ("Despite all my rage I am still just a rat in a cage", "intoxicated with the madness, I'm in love with my sadness", "the fashion victims chew their charcoal teeth", etc), ces tentatives maladroites et narcissiques d'exprimer poétiquement un désespoir un rien nombriliste viennenent justement contrebalancer la perfection technique du groupe qui, armé de ce seul bagage, pourrait tomber dans la froide démonstration. C'est que, pour être brillants, les Pumpkins ne sont pas pour autant un groupe de puristes, citant Black Sabbath, Bauhaus, les Cars, Cheap Trick, Cure ou "The Wall" de Pink Floyd, exception faite des Pistols qu'ils n'ont jamais écoutés. Qu'importe, leurs disques se sont bâtis à l'huile de coude, à la force du poignet. "Pour moi, il serait totalement inconcevable de quitter le studio sans être littéralement épuisé, à genoux." Il y a du Brian Wilson chez Corgan. On l'a vu, par exemple, disséquer les mélodies de "Zero" à l'ordinateur, comparant plusieurs prises, syllabe par syllabe, les annotant, et assemblant ensuite les meilleurs, celles qu'il jugeait le plus chargées d'émotion, pas si loin du délire perfectionniste de l'ex-Beach Boys. Mais un perfectionnisme qui fonctionne. Mais il est tard, après ce concert de Columbia qui aura duré deux heures et demie, et c'est en peignoir que reçoit Corgan dans sa loge réorganisée en espèce de tente de bédouin, avec tentures colorées, tapis moelleux et éclairages tamisés. Il est aimable, intelligent et articulé. Méfiant au début, puis rapidement sincère. Une seule consigne: interdiction d'aborder la question de l'ex-batteur, aujourd'hui d'ailleurs parfaitement remplacé par un jeunot échappé de chez Filter, un groupe qui avait tourné avec les Pumpkins. On ne lui en parle pas, donc. Et il n'y aura de toute façon rien à apprendre. C'est, selon lui, une histoire triste mais dont la conclusion était nécessaire. Voilà. Autant essayer de commenter l'année écoulée en esquissant celle à venir. Car des choses vont changer chez les Smashing Pumpkins.

 

Originales

Cette année, on vous a aperçu au concert privé des Cure à l'Opéra Bastille, le jour même de votre passage à Bercy...

C'était pas mal. Mais c'était enregistré pour la télé, et on voyait bien qu'ils jouaient avant tout pour la caméra. Mais j'adore les Cure.

Même ce qu'ils font maintenant?

Je ne sais pas. J'ai tellement écouté les Cure que leur répertoire m'est devenu très familier. Tous les groupes se creusent un trou et doivent un jour en sortir. Ce dernier album, pour moi c'est un peu une combinaison de tout ce qu'ils ont fait auparavant. J'attends toujours de Robert qu'il fasse des choses nouvelles. Il s'y est toujours employé, à chaque album. Cette fois-ci, on dirait qu'il a intégré davantage de technologie. Ce qui lui permet de faire des trucs plus atmosphériques. Je préfère, évidemment, quand Robert est avant tout un innovateur.

Les Pumpkins ont beaucoup en commun avec les Cure. Le public, l'esprit psychédélique, les textes oniriques...

(Il sourit) Nous sommes, comme eux, ce qu'on appelle un groupe culte. Un groupe culte énorme. On vend plus que d'autres groupes mais on ne parle pas beaucoup de nous. C'était pareil avec les Cure. Ils jouaient dans les stades, ils étaient adorés de plein de gens, mais on ne lisait jamais une ligne sur eux.

Votre groupe, comme celui de Robert Smith, n'est pas étiquetable. Il n'entre dans aucune catégorie, metal, grunge ou quoi que ce soit d'autre. Ce qui explique peut-être votre longivité?

Je suppose. Je n'ai jamais compris pourquoi on pouvait avoir envie d'être dans un groupe et de ne pas être totalement indépendant. Pourquoi vouloir faire partie d'un mouvement? C'est déjà un tel effort, rien que d'être dans un groupe! Si en plus il faut faire partie d'un mouvement... Je veux que, lorsque les gens écoutent un disque des Smashing Pumpkins, ils réalisent que ce sont effectivement les Smashing Pumpkins. De nos jours, les gens sont confus, ils sont perdus entre Nirvana, Bush, Silverchair et tout le reste. Toujours le même son. Les mêmes procédés de fabrication. Quand vous entendez les Beach Boys ou les Beatles, vous savez instantanément que c'est eux. Je veux que ça soit pareil avec notre groupe.

Quand on lui reproche d'écrire des morceaux qui sonnent comme les Beatles, Noel Gallagher s'explique en disant qu'il n'y a qu'une poignée d'accords pour écrire une chanson, et que donc, tout a déjà été fait. En conséquence, le plus important n'est pas d'être original mais d'écrire une bonne chanson. Vous, vous avez l'air assez concerné par la question de l'originalité...

Il a écrit de très, très grandes chansons mais elles ne sont pas originales. Mes chansons, parfois, ne sont pas aussi bonnes mais elles sortent de l'ordinaire. Pour moi, c'est ça le plus important. Mais en même temps, la plupart des gens s'en moquent. Ils tirent plus de plaisir d'une bonne chanson pop que d'une autre, plus originale. "Wonderwall" a été un plus gros tube aux États-Unis que "1979". Tout le monde peut chanter dessus. Qui peut dire ce qui est mieux? Est-ce d'avoir des gens qui chantent votre chanson dans leur chambre ou d'en avoir d'autres qui trouvent votre chanson géniale mais qui ne l'écoutent jamais?

 

Connecté

Vous gardez des souvenirs du concert à Paris-Bercy?

Je me souviens avoir été renversé. Cinq ans plus tôt, nous n'étions personne à Paris. On jouait dans de petites salles. En 1996, c'était incroyablement enthousiasmant. Le public était fantastique.

Et celui de San Francisco, pour le Tibet?

Oh, on était venus pour la cause, en pensant que ça serait un concert spécial. Finalement, ce n'était qu'un festival comme les autres. Le public n'en avait rien à foutre.

Étant un tel fanatique du studio, on peut se demander comment vous envisagz la performance sur scène, si ça ne nous frustre pas d'être incapable de reproduire les subtilités qui vous obsèdent tant à l'enregistrement...

Si je m'étais un peu plus laissé aller en studio, je crois que les disques auraient un peu plus d'énergie. Les gens viennent aux concerts pour l'excitation. Ils ne viennent pas pour y entendre des symphonies. Ils veulent ce choc électrique.

Un live posthume de Nirvana vient de sortir. Pensez-vous qu'un live des Pumpkins aurait du sens?

Certains fans seraient ravis mais, franchement, je doute grandement que vous voyez un live des Pumpkins tant que le groupe est en vie. Peut-être après, mais pour l'instant, je ne trouve pas ça intéressant.

Et au sujet de gens comme Lou Reed, Iggy Pop ou Bowie... De toute évidence, ils ne sortent pas aujourd'hui leurs plus grands albums. Vous touchent-ils encore?

Quand vous écoutez quelqu'un qui est une légende, vous n'écoutez pas seulement son nouveau disque, vous écoutez tout ce qu'il a fait auparavant. Par exemple, vous écoutez Bowie, après vingt-cinq ans d'albums tellement différents, vous avez presque un best of dans la tête, en permanence. En tout cas, moi je suis toujours avec intérêt ce que font ces gens aujourd'hui. C'est difficile d'en parler parce que le rock'n'roll est quelque chose en rapport avec le principe de la jeunesse. Peu importe le nombre de groupes comme Aerosmith qui ne sont là que pour l'argent. Le rock reste quelque chose de jeune. Le truc à se demander, c'est à quel point quelqu'un qui a trente-cinq, quarante ans ou plus peut-il espérer rester connecté avec le rock'n'roll? Ils essaient de se débrouiller avec leur âge, et ils se battent entre ce qu'ils veulent faire et ce que les gens attendent d'eux. C'est très intéressant. Je dis ça du haut de mes vingt-neuf ans. Si vous êtes Bowie, ou Neil Young, vous avez atteint un point où vous avez vendu des tonnes de disques, et tout le monde sait qui vous êtes. À ce moment-là, vous devriez davantage vous intéresser à l'art qu'à sa commercialisation.

Pensez-vous, comme Paul Weller par exemple, qu'on perd inévitablement de son talent en vieillissant? La plupart des artistes ont fait leurs plus belles choses lorsqu'ils étaient jeunes.

Je n'en sais rien. Parce que souvent, juste au moment où vous pensez que quelqu'un est devenu incapable de produire quelque chose de surprenant, il sort un truc incroyable. Neil Young, par exemple. Peut-être est-ce vrai pour le reste mais, pour le rock'n'roll, je crois que si les gens gardent l'esprit ouvert, rien n'empêche de continuer à aller de l'avant. On perd en énergie mais on gagne en sagesse. Les artistes légendaires de quarante ans et plus ont l'incroyable chance de pouvoir faire exactement ce qu'ils veulent, puisqu'ils n'ont plus rien à perdre. C'est ce que Bowie est en train de faire. D'autres essaient de reproduire ce qu'ils étaient. Ils se mettent à se demander qui ils sont, s'ils sont toujours ce qu'ils ont été. Ça m'arrivera probablement un jour.

 

La Bible

Dans "Tonight", vous parlez du temps qui passe, en précisant qu'on y laisse toujours quelque chose.

Effectivement, même les Pumpkins sont différents aujourd'hui. Nous avons déjà perdu quelque chose: notre énergie vicérale. Même si nous jouons mieux, même si nous sonnons mieux. Déjà, à vingt-neuf ans, nous avons définitivement perdu un élément essentiel de notre caractéristique. C'est pourquoi je veux m'éloigner du rock. Ça ne m'intéresse pas autant qu'avant, et je ne suis plus aussi doué qu'il y a cinq ans pour évoluer dans le rock. C'est pourquoi j'ai dit qu'après "Mellon Collie", il n'y aurait plus aucun disque des Pumpkins dans ce style.

Dans quelle direction comptez-vous vous orienter?

J'ai un vaste choix. Ce que je sais, c'est que je ne veux plus être obligé à jouer en public. Pour les trois albums précédents, j'avais toujours en tête le fait que nous devions absolument pouvoir retranscrire tout ça sur scène. Je pense que je vais me diriger vers quelque chose entre Tricky, Pink Floyd, Black Sabbath et les Beatles. Quitte à ne jamais rejouer sur scène, je m'en fous. Les albums studio avant tout. Les chansons avant tout.

Vous comptez utiliser plus de machines?

Oui, absolument. Ça me permet d'improviser davantage.Les machines donnent une structure qui nous autorisent, nous, à nous libérer. Un peu comme Peter Hook dans New Order. Il n'avait même plus besoin de jouer de la basse, et faisait ensuite à côté ce qui lui chantait. J'ai trouvé ça très cool. Je ne veux plus être obligé de jouer de la guitare.

Et la techno?

C'est très intéressant. Les gens aujourd'hui, voient davantage la musique comme un environnement. Un peu comme du papier peint. De quelle couleur est la lumière dans mon salon, quel disque vais-je passer en conséquence? Goldie ou un autre truc? C'est une sensation atmosphérique, avant tout. Ça n'a plus rien à voir avec le fait de s'asseoir, de mettre un casque et d'écouter ce que le musicien raconte. Et ça n'est pas contestable. Il y aura toujours des chansons. Lennon, quand il a fait "Tomorrow Never Knows", était plus concerné par le son et l'atmosphère que par la chanson sur la partition. Puis il est revenu a des choses plus écrites. On y revient toujours. C'est une évolution en rapport avec la situation sociale. Aujourd'hui, tous les jeunes possèdent un lecteur CD. Tout le monde peut écouter des milliers de chansons, avec un bon son. Il y a de la musique partout, au supermarché, à la télévision. Ça devient diffcile de juger ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. On vous dicte ce que vous devez aimer, et vous vous retrouvez à dire "je n'aime pas vraiment ce disque, mais je pense qu'il est bon". En Europe, particulièrement, les jeunes n'ont aucune envie d'écouter un groupe jouer pendant deux heures. Ceux que j'ai rencontrés sur la dernière tournée m'ont tous dit qu'ils aimaient les Pumpkins mais qu'ils préféraient la techno. Ils nous tolèrent parce qu'il y a un aspect atmosphérique dans notre musique. Le rock, ils s'en foutent. C'est mort. D'un point de vue sentimental, ça me rend un peu triste, parce que je me souviens d'une époque où on écoutait des disques comme on lisait la Bible. Mais c'est fini. Ça a été fait, c'est passé. Moi, je me penche vers le futur. Voilà.

 

Abrutis

Et ce gangsta-rap, Tupac qui se fait occire... La violence, les armes?

Est-ce la culture qui crée des Tupac, ou bien sont-ce les Tupac qui engendrent cette culture? Je n'en sais rien. Je pense que la culture existe et qu'on trouve des figures la symbolisant, qui la rendent plus compréhensible. C'est une situation tragique. Mais la tragédie fait autant partie de nous que l'idée de succès. C'est pervers, mais nous voulons de la tragédie autant que du bonheur. Et la vie est une tragédie en soi. Ça n'est pas un point de vue désespéré, c'est un constat réaliste. Tout le monde évolue avec un compte à rebours personnel. Au risque de me paraphraser, toute chose a une fin, et nous en faisons partie. Y aurait-t-il moins de crimes s'il y avait moins d'armes? Je ne pense pas. C'est assez simpliste, comme raisonnement. Si nous tolérons les armes, c'est que c'est une expression de notre inconscient. On ne peut pas fuir nos propres démons. Ils vous rattrapent toujours. Tôt ou tard, nos aspects les plus sombres vont se manifester.

Dans votre musique, et notamment sur scène, vous couvrez un éventail d'émotions totalement différentes. Ça n'est pas un peu difficile, comme un comportement de schizophrène?

Aujourd'hui, ça ne me pose aucun problème. Passer d'un morceau heureux à un autre qui fait appel à la colère la plus violente... Mais il y a quatre ans, ça me ravageait. Curieusement, j'en suis venu à apprécier ces changements brusques. Sinon je pense que je m'ennuierais.

Après que cette jeune fille a été morte écrasée durant votre concert à Dublin, vous est-il arrivé de penser que le public peut être totalement stupide? Que vous méritez mieux?

Je respecte les individus, mais, lorsque vous les placez dans une situation de masse, ils deviennent stupides. En collectivité, les gens montrent leurs plus bas instincts. Pourtant, si vous prenez ces individus à part, vous pouvez certainement avoir une conversation intéressante avec eux. J'aimerais pouvoir parler au public comme je vous parle, mais c'est impossible. Les foules sont généralement abruties.

Vous devez attirer des gens bizarres. Redoutez-vous vos fans, de temps en temps?

Pas vraiment mais je fais très attention à ma vie privée. Je mets des barrières. Je ne supporte plus l'intrusion. Je dois me défendre.

Vous avez la réputation d'être difficile avec la presse. Avez vous le sentiment d'avoir été blessé par les journalistes?

Je ne veux pas qu'on me prenne pour un personnage de bande dessinée, pour une caricature. Me faire passer pour une espèce de tyran dégénéré est ridicule. Les Smashing Pumpkins ne sont pas des abrutis. Nous faisons de bonnes chansons, un double-album, cinq vidéos, une tournée de deux cents concerts et un coffret de singles avec des inédits. On ne peut pas être complètement stupide et faire tout ça. Je ne pense pas être comparable à qui que ce soit de ma génération. Idem pour le groupe. Moi, si j'interviewais quelqu'un, j'essaierais de dire ce qui est bon en lui, et pas le contraire. Je déteste cette malhonnêteté. J'en ai assez qu'on m'explique que je suis ce que je ne suis pas.

 

Chicago

Les reprises sur le coffret (Cars, Blondie, Cure, Missing Persons) ce sont juste des chansons que vous aimez, ou bien des indications de vos influences?

Un peu des deux. On voulait s'amuser en reprenant des chansons de la période new-wave qu'on aimait.

Clinton réélu, ça vous fait quelque chose?

Je n'en sais rien. J'aimerais quelqu'un disant ce qu'il pense ou pensant ce qu'il dit. Je croyais que Clinton serait comme ça, et je me suis rendu compte que je m'étais trompé.

Vous vous êtes acheté des disques récemment?

Aphex Twin, Tangerine Dream, Blind Blake, Reverend Gary Davis dont je suis un fan absolu, Tricky et les Melvins. Là, vous pouvez voir ce qui m'intéresse aujourd'hui (sourire): le blues des années 20, la musique électronique atmosphérique, et des trucs très heavy. C'est assez large, non?

Votre meilleur souvenir de 1996?

Bonne question... Probablement trois concerts à la suite dans une salle gigantesque, chez nous à Chicago. Pour moi, c'était l'expression d'un triomphe. Je n'arrive pas à être blasé, à m'habituer au fait que nous intéressons tant de gens. C'était magnifique. J'en aurais pleuré.

 

Recueilli pas Nicolas Ungemuth

Rock & Folk n°353

Janvier 1997